Ma vision de l’entrepreneuriat

Entreprendre n’est pas exécuter un plan. C’est traverser avec lucidité.

L’entrepreneuriat n’est pas un métier.
Ce n’est pas une fonction.
Ce n’est pas une compétence isolée.

C’est une traversée.

Et toute traversée transforme celui qui la vit.

Ma vision de l’entrepreneuriat repose sur trois piliers structurants :

  1. L’entrepreneuriat est un rite initiatique — on ne traverse pas seul.

  2. Le business plan est un outil narratif — pas une vérité opérationnelle.

  3. La rentabilité est la vraie position de force — la levée n’est qu’un levier.

Cette doctrine ne naît pas de la théorie.
Elle naît du terrain.

I. L’entrepreneuriat comme rite initiatique

On n’entre pas en entrepreneuriat comme on entre dans une entreprise.
On est initié.

L’initiation entrepreneuriale commence le jour où l’on comprend que :

  • On ne dispose jamais de toutes les informations.

  • On devra décider quand même.

  • La pression ne disparaîtra jamais totalement.

Décider avec 70 % d’information est la norme.
Attendre 100 % revient souvent à agir trop tard.

Ce que l’école ne nous apprend pas :

  • Arbitrer entre croissance et trésorerie.

  • Trancher quand l’équipe doute.

  • Gérer un conflit fondateur.

  • Tenir une vision quand les chiffres tanguent.

L’entrepreneuriat n’est pas l’art d’avoir raison.
C’est l’art d’arbitrer sous incertitude.

Le danger de la solitude

Lorsque l’on est solo founder, la pénibilité est plus grande.

L’absence de confrontation interne amplifie :

  • Les biais cognitifs

  • La fatigue décisionnelle

  • Les cycles émotionnels

Même en étant plusieurs cofondateurs, la régulation interne ne suffit pas toujours.

À un moment donné, chaque dirigeant a besoin d’un miroir externe.

Mais ce miroir doit être un entrepreneur.

Pas un sachant.

L’advisor doit avoir les mains dans le moteur

Il existe une différence fondamentale entre :

  • Connaître les modèles

  • Avoir traversé les modèles

Un entrepreneur advisor comprend :

  • Ce que signifie rater un payroll.

  • Ce que signifie arbitrer sous tension de cash.

  • Ce que signifie signer une levée en 48 heures.

Ce sont des expériences viscérales.

Un consultant théorique transmet une carte.
Un entrepreneur transmet une traversée.

Le rituel central

Si je devais imposer un seul rituel à tout CEO :

👉 Une heure par mois avec un entrepreneur externe expérimenté.

Pourquoi ?

Parce que le dirigeant peut :

  • Se décourager inutilement.

  • Ou s’emballer après une levée.

Le compte en banque plein crée une illusion de sécurité.

L’euphorie post-levée est un biais documenté.
La solitude est un risque stratégique.

La maturité entrepreneuriale commence par l’acceptation qu’on ne voit pas tout seul.

II. Le mythe du business plan

Beaucoup d’entrepreneurs vivent leur business plan comme une promesse morale.

“Je ne suis pas dans les clous.”

Cette phrase révèle un rapport scolaire au pilotage.

Or il existe deux business plans :

  1. Celui que vous présentez.

  2. Celui que vous pilotez.

Le premier est un récit économique.
Le second est une réalité vivante.

Le BP est une hypothèse

Un business plan formalise :

  • Une hypothèse de croissance

  • Une hypothèse de coûts

  • Une hypothèse de productivité

Mais l’environnement évolue :

  • La technologie progresse

  • Les outils d’automatisation explosent

  • Les comportements clients changent

Ce qui nécessitait 50 personnes hier peut être optimisé aujourd’hui.

Un plan conçu à un instant T peut devenir partiellement obsolète quelques mois plus tard.

Ce n’est pas un échec.

C’est une adaptation.

Le piège du plan scolaire

Beaucoup d’entrepreneurs se plantent en exécutant scolairement un plan devenu inadapté.

Ils recrutent parce que c’était prévu.
Ils dépensent parce que c’était budgété.
Ils maintiennent une structure devenue inefficiente.

La rigidité est plus dangereuse que l’écart.

La discipline n’est pas l’obéissance au plan.
C’est l’actualisation permanente.

Le pilotage réel

Le vrai travail du CEO n’est pas de respecter un BP.

C’est de piloter :

  • La marge

  • Le CAC

  • Le pipeline réel

  • La trésorerie consolidée

La question n’est pas :

“Respectez-vous votre plan ?”

La question est :

“Maîtrisez-vous votre trajectoire ?”

Le basculement stratégique

Le passage du BP théorique au pilotage réel repose sur trois éléments :

  • Rolling forecast mensuel

  • Scénarios multiples (best / base / worst case)

  • Comparaison revenu réel vs revenu théorique

Un CEO mature reconstruit son plan régulièrement.

Il ne trahit pas sa projection.
Il l’actualise.

III. Rentabilité et position de force

La levée de fonds a longtemps été glorifiée.

Mais lever n’est pas réussir.

C’est obtenir un outil.

Et un outil amplifie ce qui existe déjà.

  • Si le modèle est solide, il accélère.

  • S’il est fragile, il fragilise davantage.

La fin de l’hypercroissance à tout prix

Le marché est revenu à la discipline.

Aujourd’hui, les investisseurs regardent :

  • LTV / CAC

  • MRR

  • Burn multiple

  • Contribution margin

La rentabilité redevient centrale.

Et c’est sain.

Lever par choix, pas par nécessité

La meilleure position stratégique n’est pas de lever.

C’est de pouvoir lever.

Ce n’est pas pareil.

Une entreprise rentable possède :

  • Autonomie décisionnelle

  • Pouvoir de négociation

  • Résilience stratégique

La position de force ne vient pas du montant levé.

Elle vient de l’absence d’urgence.

Le protocole des 90 jours

Avant toute levée dilutive :

👉 90 jours d’optimisation.

Pendant 3 mois :

  • Audit des coûts

  • Automatisation maximale

  • Optimisation CAC

  • Amélioration LTV

  • Rationalisation organisationnelle

Pourquoi ?

Parce que cela oblige à :

  • Prioriser

  • Clarifier

  • Discipline

Si la levée reste nécessaire après cela, elle sera faite dans de meilleures conditions.

Si elle devient inutile, c’est encore mieux.

Lever ne doit jamais être un sauvetage.

Cela doit être une amplification.

IV. La lucidité comme colonne vertébrale

Ce qui traverse toute ma vision, c’est la lucidité.

Lucidité sur :

  • La solitude du dirigeant

  • La nature imparfaite de la décision

  • Le caractère narratif du BP

  • Les illusions post-levée

  • La nécessité de la rentabilité

L’entrepreneuriat n’est pas héroïque.
Il est exigeant.

Il ne récompense pas l’ego.
Il récompense la discipline.

V. Ma position dans l’écosystème

Je ne crois pas :

  • Aux théories hors sol

  • Aux frameworks magiques

  • À la croissance sans structure

  • Aux levées comme finalité

Je crois :

  • À l’organisation

  • À la clarté

  • À la confrontation constructive

  • À la rentabilité

  • À l’exécution

Je crois qu’un entrepreneur a besoin :

  • D’un regard expérimenté

  • D’un plan adaptable

  • D’une discipline financière

Je crois que la maturité ne consiste pas à briller.

Elle consiste à tenir.

Conclusion

Ma doctrine est simple :

  1. Ne traversez pas seul.

  2. Ne devenez pas prisonnier d’un plan.

  3. Ne levez jamais sans discipline.

Entreprendre n’est pas exécuter une feuille Excel.

C’est piloter sous incertitude avec lucidité.

Et la vraie réussite n’est pas de lever.

C’est de construire un modèle qui tient.

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